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Le syndrome de l’imposteur : une épidémie qui ne dit pas son nom ? Ce trouble psychologique se traduit par un doute constant sur ses compétences et ses réalisations, même face à des preuves objectives de succès. Avec la montée en puissance de plateformes comme Instagram et Facebook, ce sentiment semble s’intensifier, alimenté par la comparaison sociale et l’idéalisation des vies des autres. Mais pour les artistes, l’enjeu est encore plus profond ; il s’agit non seulement de leur bien-être, mais aussi de la source même de leur créativité.
Syndrome de l’imposteur : une réalité accablante pour les artistes
Une petite précision historique avant d’entamer notre réflexion. Le terme « syndrome de l’imposteur » a été théorisé dans les années 1970 par les psychologues Pauline Clance et Suzanne Imes dans l’article «The Impostor Phenomenon in High Achieving Women: Dynamics and Therapeutic Intervention». Ce texte fondateur décrit un état mental trouble et déstabilisant : la personne concernée doute constamment de ses compétences, vivant dans la peur d’être « démasquée », dénoncée comme incompétente, même en dépit de ses réussites. En 2023, le Journal of Behavioral Science avançait un chiffre effrayant:
«70 % de la population, quel que soit son genre ou sa catégorie socio-professionnelle, aurait éprouvé au moins une fois un sentiment d’imposture».
7 personnes sur 10 en moyenne selon BPI France: effarant. Dévastateur. Plus particulièrement dans le monde de l’art. La création artistique repose sur l’expression de soi, sur une certaine vulnérabilité : le doute perpétuel peut paralyser l’élan créatif. Et ils sont nombreux à en témoigner, Albert Einsten, Tom Hanks, Emma Watson, Lady Gaga, Neil Gaiman… on ne compte plus les célébrités mettant en doute expertise, talent et mérites.
La comparaison sociale : un ennemi insidieux de la créativité
Les artistes sont souvent leur pire critique. Perfectionnisme oblige ? Les réseaux sociaux n’aident pas à apaiser ce jugement sévère, bien au contraire. En exposant leurs œuvres aux yeux d’un public toujours plus large, toujours plus exigeant, sur des plateformes qui alimentent leurs timelines à grand coup de polémiques et de scandales, les créateurs entrent dans un process de comparaison délétère, qui fragilisent la manière dont ils perçoivent la valeur de leur travail.
Instagram, TikTok et compagnie encouragent la mise en avant d’œuvres artistiques « parfaites », soigneusement mises en scène, normées, cataloguées, censurées dès qu’on sort du cadre. Les modes, les tendances s’y succèdent qui enferment les créatifs dans une certaine esthétique. Pour être vu, il faut plaire, flatter l’algorithme, quitte à faire semblant, à revoir ses valeurs. Or la réalité de la création est souvent chaotique, imparfaite et pleine d’essais-erreurs : rien à voir avec cette image sublimée d’une réussite instantanée et sans effort. Les artistes, en particulier les jeunes créateurs qui se lancent, peuvent se sentir submergés par ces représentations idéalisées et en venir à douter de leur propre talent. Pire, ils peuvent carrément l’émasculer.
Le cercle vicieux de la mise aux normes
Ce qui s’avère pire que le blocage créatif. En se comparant constamment aux œuvres des autres, les artistes, paralysés, n’osent plus créer par peur de ne pas être à la hauteur ou d’être invisibilisés. Le cercle vicieux de la mise aux normes est enclenché : inconsciemment ou volontairement, on étouffe toute originalité pour privilégier la convention.
Le conformisme s’impose au détriment de la prise de risque, de l’expérimentation. De l’expression de soi, de ses ressentis, de sa vision du monde. Que faire alors ? Les réseaux sociaux sont bien entendu une vitrine formidable pour exposer son travail ; comment faire pour éviter qu’ils ne se transforment en piège ? Pour se libérer du syndrome de l’imposteur made in social media ?
Comment gérer ce compagnon invisible
Plusieurs choses sont envisageables
- Accepter le syndrome de l’imposteur, comme une partie naturelle du cheminement créatif. Se rappeler que d’autres y sont aussi confrontés (cf les exemples plus que prestigieux évoqués plus haut). Se convaincre que c’est un moyen de se libérer de la comparaison constante, de transformer ce sentiment en une source de motivation.
- Redéfinir son rapport aux réseaux sociaux, prendre du recul face à ces plateformes et s’en inspirer de manière sélective pour limiter la comparaison toxique. Privilégier des comptes qui partagent les coulisses de la créativité, les échecs comme les doutes, et non uniquement les résultats finaux.
- Rejoindre des groupes d’artistes ou des cercles de créateurs qui partagent leurs expériences et leurs doutes, échanger avec ses alter égo pour réaliser que le sentiment d’imposture est partagé par beaucoup, et relativiser ses propres doutes.
- Apprendre à valoriser chaque étape du parcours artistique, y compris les erreurs et les échecs. Ce sont ces moments qui façonnent le style, la vision uniques. Tenir un journal de création où noter les réussites, les défis, les moments de doute, les leçons apprises.
Le syndrome de l’imposteur est souvent un compagnon invisible, mais omniprésent du parcours artistique. La prochaine fois que vous ressentez le syndrome de l’imposteur, souvenez-vous que même les plus grands artistes ont connu ces moments de doute. Utilisez-les comme un catalyseur pour approfondir votre art, et rappelez-vous que la beauté de la créativité réside justement dans son imperfection et son authenticité.
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