
Auschwitz : comment se figurer l’enfer ? De livres en récits, on essaye de transmettre l’indicible, l’inconcevable. Avec bien des difficultés, car, outre la douleur psychique que constitue ce trausmatisme, il n’existe que peu de preuves, les nazis ayant tout fait pour cacher ce génocide. Ainsi, il était strictement interdit de photographier l’intérieur des camps. Pourtant, certains SS désobéirent. Et leurs clichés ont traversé le temps. C’est de cela que parle le documentaire Auschwitz – L’album, la mémoire.
Documenter l’horreur en 189 clichés
Un jour de juin 1945, Lili Jacob, rescapée de la Shoah trouve un album photos dans une baraque du camp de Dora-Mittelbau : dedans, 189 clichés pris par un photographe SS un an plus tôt à Auschwitz-Birkenau. Alors que le nazisme s’effondre, il documente avec précision l’arrivée de plusieurs convois qui conduisent à la mort des centaines de milliers de Juifs hongrois. Descente des wagons, tri des déportés, chemin des chambres à gaz, crématoire … la jeune fille reconnaît parmi les visages marqués de fatigue, de faim et de peur ses proches, sa famille, ses amis.
Un témoignage précieux
Ces photos constituent les seuls témoignages qui demeurent du fonctionnement d’un camp d’extermination. Serge Klarsfeld convaincra Lili de déposer ce précieux album au Mémorial de Yad Vashem à Jerusalem. Car il est unique. Car il est mémoire. Car il est preuve. Toutes les autres traces furent rassemblées par les alliés, par les rescapés. En 1985, le documentariste Alain Jaubert reprend ces images et demande à des survivantes de les commenter, à partir de leur vécu, de leurs souvenirs. C’est sur le ton de la conversation qu’elles racontent ce calvaire, précisant le déroulement, confrontant leur perception.

Évoquer la mort organisée
Parfois les voix se brisent dans un sanglot d’angoisse, se reprennent avec difficulté. Car elles évoquent l’insoutenable, la mort organisée, cadrée, orchestrée, trompeuse : on ne dit pas aux arrivants qu’ils vont à la mort ; ils y vont en se traînant, sans résistance, épuisés physiquement, psychiquement, déjà mourants de leur voyage. Aucune possibilité de se révolter, tandis que de leurs baraquements, les autres prisonniers assistent impuissants à la sélection. Et les photos de défiler … on se demande les motivations de l’observateur : Reportage ? Propagande ? Renseignement ?

Chaque portrait plaide coupable
Le sadisme du geste le dispute à la cruauté et à l’indifférence. Mais chaque portrait, chaque plan plaide coupable. Et comme si cela ne suffisait pas, le documentaire tel que le présente le DVD publié aux éditions Montparnasse est complété par le film d’archives Les camps de concentrations nazis, Auschwitz, faits et chiffres où l’historienne Annette Wierviorka apporte ses explications, ainsi qu’un entretien avec Alain Jaubert où le réalisateur répond aux questions de Sylvie Lindeperg. Le tout offre une vision très complète et indiscutable de l’horreur.

Et plus si affinités ?
Vous avez des envies de culture ? Cet article vous a plu ?
Vous désirez soutenir l’action de The ARTchemists ?