
Cancel culture (ou « culture de l’annulation ») : désigne le fait de boycotter publiquement une personne, souvent une célébrité ou une personnalité publique, en raison de propos, d’actes ou de comportements jugés offensants, problématiques ou moralement répréhensibles. Cette pratique s’exerce principalement sur les réseaux sociaux et vise à retirer à la personne sa légitimité publique, sa visibilité ou ses opportunités professionnelles.
Pour annuler quelqu’un, il faut donc qu’il soit célèbre (on n’annule pas les inconnus), qu’il ait vraiment merdé et qu’il soit très présent sur les réseaux sociaux. Présentateur vedette d’une émission britannique culte, Douglas Bellowes coche la première et la dernière case. En aucun cas, ce parfait gentleman ne correspond à la seconde. Quoi que ? C’est le propos de la série Douglas is cancelled de nous raconter en quoi Doug a merdé. Et forcément, ça va être rock’n’roll.
Un jerrican d’essence sur un feu de brousse
Doug Bellowes donc, une valeur sûre du paysage audiovisuel britannique. Marié à une rédac chef au bras long, affublé d’une gamine baignée dans la cancelled culture. À ses côtés, sa partenaire de plateau, la superbe, fougueuse et particulièrement intelligente Madeline. Tellement intelligente qu’elle fait de Doug ce qu’elle veut, le manipulant à sa guise, au grand dam de son entourage.
Madeline la fidèle, si tactile, si proche, si complice… mais qui balance un tweet pour le moins ambigu quand Doug est accusé par un internaute d’avoir balancé des blagues sexistes durant un mariage un peu trop arrosé. Un tweet relayé par les millions de followers de la présentatrice. Le débat est lancé, ravageur. Un jerrican d’essence sur un feu de brousse.
Une chute foudroyante
Question : comment arrêter cet incendie ? Sachant que Madeline, bien décidée à aider son binôme qu’elle dit admirer plus que tout, semble en fait l’enterrer un peu plus à chaque fois qu’elle agit. Quel est l’objectif de cette énigmatique donzelle à la plastique de déesse, au regard froid comme celui d’une couleuvre ? S’agit-il de piquer la place de Doug en le démolissant médiatiquement ? Ou y a-t-il autre chose ? Un contentieux beaucoup plus profond, plus ancien ? Un contentieux dont Doug n’a visiblement pas connaissance.
Mais quand il comprendra, il sera trop tard. Douglas sera définitivement enterré, rayé de la carte. Cancelled. À raison. Aux commandes de ce récit en forme de chute foudroyante, Steven Moffat, qui tirait déjà les ficelles des séries Sherlock, Doctor Who et Dracula, accouche d’une intrigue aussi complexe que malsaine. Madeline la méchante est-elle si méchante que cela ? Au gré des flashbacks, on saisit pourquoi elle en veut ainsi à ce mentor qu’elle adulait mais dont elle a pu mesurer la médiocrité morale au tout début de sa carrière, quand elle était si fragile.
Une lente mécanique de vengeance
Prédatrice, Madeline a bien des raisons de l’être. Et la cancellisation de Douglas est le point d’orgue d’une lente mécanique de vengeance. Car clairement Doug n’a pas été à la hauteur, comme vous le découvrirez au fil de séquences qui prennent aux tripes. Avec à la clé deux messages :
- le silence et l’indifférence sont coupables ;
- les femmes ne peuvent compter que sur elles-mêmes pour mettre à distance les prédateurs.
Je n’en dis pas plus au risque de spoiler cette intrigue de haut vol qui s’enracine dans une réalité sordide où on détourne trop facilement le regard, où on laisse trop facilement faire. Comptez sur un casting cinq étoiles pour narrer cette éradication express avec le brio, l’intensité nécessaire: Hugh Bonneville (échappé de Downtown Abbey) incarne un Douglas désemparé, oscillant entre incompréhension et colère face à la machine infernale qui s’emballe. À ses côtés, Karen Gillan (Jumanji, Les Gardiens de la galaxie) campe une Madeline Crow particulièrement ambiguë et forte.
Douglas is cancelled dérange, questionne, amuse parfois, irrite souvent. La série va vous secouer, elle est conçue pour. À l’heure où la « cancel culture » est sur toutes les lèvres, ces épisodes offrent une perspective qui mérite qu’on s’y attarde, ne serait-ce que pour questionner les certitudes. Car il y a de fortes chances que chacun.e d’entre nous, à un moment ou à un autre de sa vie, se soit retrouvé.e en mode Douglas. Et cela n’a rien de glorieux.
Et plus si affinités ?
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