
Assassinat politique, appareil d’État corrompu, dictature militaire… Z de Costa-Gavras n’a rien d’une fiction. Sorti en 1969, ce thriller politique sous haute tension démonte les rouages d’un complot d’État avec une acuité glaçante. Inspiré de l’affaire Lambrakis, ce film désormais culte reste une référence incontournable du cinéma engagé, un coup de poing cinématographique qui résonne encore aujourd’hui, à l’heure où les libertés vacillent sous les coups des régimes autoritaires.
Accident ? Assassinat ? Complot ?
Nous sommes quelque part dans un pays du pourtour méditerranéen, dans les années 60. Très conservateur, le pays en question fait la part belle à son armée et sa police, privilégiant les intérêts de puissances étrangères qui ressemblent fort aux USA. L’opposition ? Insignifiante ? Peut-être pas tant que ça, incarnée qu’elle est par un certain député, pacifiste, médecin renommé, charismatique. Un leader dans l’âme qui pourrait bien rafler les prochaines élections. Et ça, les autorités en place, le considèrent d’un très mauvais œil.
Or ce même député, très opportunément, est tué pendant une manifestation. Accident ? Assassinat ? C’est ce qu’il va falloir découvrir, au plus vite, car cela fait désordre. Pour y parvenir, un jeune juge, tout juste sorti de l’école de la magistrature, et qui, de fil en aiguille, va mettre en évidence un complot ignoble. Et frapper pour en détruire le cœur. Avec bien des difficultés car les auteurs de ce meurtre politique n’ont guère l’intention de lui faciliter la tâche. Et finalement peu de résultat.
Le film politique par excellence
Voici donc l’intrigue d’un des films les plus célèbres de Costa-Gavras. L’histoire qu’il déroule dans une narration haletante est vraie. Dans un récit impressionnant inspiré du roman de Vassílis Vassilikós, ce réalisateur ô combien engagé démonte les rouages de l’affaire Lambrakis, député dont certains membres de la gendarmerie grecque se débarrassèrent avec la nette volonté d’endiguer le processus démocratique. Film politique par excellence, Z multiplie les références explicites à la Grèce des colonels, sans jamais nommer directement le pays.
De fait, la mécanique décrite dénonce les dérives des régimes totalitaires. Il reste en cela d’une troublante actualité. Une leçon de politique en soi, une autopsie en règle des différentes étapes menant à la prise de pouvoir arbitraire, résumée au moment du générique de fin. La narration, d’une précision chirurgicale, ne laisse aucune échappatoire au spectateur, qui découvre, consterné d’abord, nauséeux à la fin, comment la tyrannie se met en marche.
Un tournage, sans concession
Yves Montand, Jean-Louis Trintignant, Bernard Fresson, Jean Bouise, Jacques Perrin, Julien Guiomar, Pierre Dux, Charles Denner, Irène Papas, François Perrier, Marcel Bozzufi, Renato Salvatori … le casting est exceptionnel, prestigieux, l’interprétation musclée. Le tournage, sans concession. La musique également, signée Mikis Théodorakis, compositeur lui-même frappé par la junte militaire lors du coup d’État. Le film, magistral, raflera le prix du jury à Cannes, plusieurs Oscars, BAFTA, Golden Globe …
Les génériques de début et de fin resteront dans les annales de l’histoire du cinéma comme une gifle, ainsi que ce titre construit sur une seule et unique lettre, qui signifie « il est vivant » en grec ancien. À l’heure où le monde sombre dans une crise sans précédent, où les extrémistes de tous bords dictent leur loi, il convient de visionner ce film. Car comme dit Brecht, « Le ventre est encore fécond d’où a surgi la bête immonde. » Et pour avorter ce genre de monstre, seuls recours : le souvenir et l’éducation.
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