The Last Showgirl : plumes, strass et déprime …

The ARTchemists The Last Show Girl

Bon sang ne saurait mentir. Petite fille du maître, nièce de Roman et Sofia Coppola, Gia Coppola tire son épingle du jeu en affirmant un style intimiste très particulier. Son troisième film The Last Showgirl déroule une introspection douloureuse, sur fond de nostalgie, de temps qui passe inéluctablement. Toile de fond : Las Vegas. Au cœur du sujet : une danseuse de revue contrainte à la retraite. En première ligne, Pamela Anderson, à contre-courant… à moins que…

Le Razzle Dazzle ferme

Shelly Gardner est danseuse de revue. Une danseuse aguerrie, qui a fait les grandes heures du Razzle Dazzle. Depuis trois décennies, elle est la star du spectacle de ce cabaret jadis indissociable de l’aura de Sin City. Un jour, elle apprend que le cabaret va fermer ses portes. Plus assez de spectateurs, plus d’attractivité. Quinquagénaire, Shelly voit poindre le spectre du chômage, la prise de conscience aussi brutale que soudaine qu’elle est trop vieille pour persister dans cette carrière où les femmes sont obsolètes à trente ans.

Ce douillet cocon s’effondre, tandis que Shelly fait le bilan d’une vie intégralement consacrée à la scène : elle qui a tout sacrifié à sa carrière, se retrouve confrontée aux ruines d’une existence vouée à l’illusion des strass, des plumes, des dorures. Tout est-il factice ? Pas de mari, une fille qu’elle a délaissée, des amies aussi fragiles qu’elle… Vers Shelly va-t-elle se tourner pour rebondir ? Pour conjurer la précarité qui menace, la vieillesse inéluctable ?

Un parfum d’authenticité qui n’a rien de glamour

Gia Coppola construit son film comme un album de souvenirs scintillants traversé de réalités bien moins glamour. Plongée dans les coulisses, interactions entre les danseuses, auditions frustrantes, cette mise à la retraite forcée a un parfum d’authenticité qui dérange. Il ne fait pas bon être une showgirl en fin de carrière, comme en témoigne le devenir d’Annette, une amie de Sheryll, ancienne danseuse de la troupe, contrainte pour survivre de devenir serveuse de casino.​ Si les hommes s’en tirent mieux, dixit l’avenir d’Eddy, régisseur de plateau, ancien amant de l’héroïne, qui continuera de travailler dans le spectacle, les artistes, elles, ont une date de péremption.

Le propos est pénible, prenant. Les plans, à l’esthétique de vieux polaroid, illustrent la détresse profonde de ces femmes qu’on a exploitées jusqu’à la moelle, qu’on jette sans pitié quand elles sont jugées trop flétries. Difficile de ne pas penser à The Substance, à cette différence près que Sheryll est bien plus pacifique et soumise qu’ElizaSue. Pamela Anderson ici se met à nu : pas de maquillage, l’œil perdu, une voie de gamine paumée… l’ex actrice phare d’Alerte à Malibu prête à son personnage une intensité certaine, une candeur trompeuse. Douce, souriante, mais à l’intérieur, elle sait le sort qui l’attend.

Un idéal complètement faussé

Ce sort est incarné par Annette, somptueuse Jamie Lee Curtis, qui plante une femme flétrie, rongée par sa rancœur, ses addictions, fière néanmoins, nostalgique de sa gloire passée, lucide. Autre surprise : Dave Bautista dans le rôle d’Eddie, personnage complexe piégé entre son rôle de manager chargé de liquider ce qui reste à liquider et son empathie pour ces filles qu’il aime, qu’il fréquente au quotidien, dont il sait les forces, les faiblesses, le talent, la dévotion.

D’aucuns ont trouvé le film inabouti. Ce n’est pas son but : il s’agit plus de nous baigner dans une atmosphère, un cheminement intime, une détresse personnelle face à la dureté d’une profession qui s’avère bien moins épanouissante qu’il y paraît. Paraître justement : c’est peut-être le fond du problème. Sheryll a-t-elle eu du succès car elle était une danseuse hors pair ou parce qu’elle était belle et bien faite ? La question est posée, et le personnage la prend en pleine figure comme une gifle. Une révélation ? Des œillères qui tombent ? Une vérité tragique ? Chacun.e verra la chose à sa manière. Ce qui est sûr, c’est que le message est inconfortable, dérangeant, car révélateur d’un idéal complètement faussé.

Et plus si affinités ?

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Delphine Neimon

Posted by Delphine Neimon

Fondatrice, directrice, rédactrice en chef et rédactrice sur le webmagazine The ARTchemists, Delphine Neimon est par ailleurs rédactrice professionnelle, consultante et formatrice en communication. Son dada : créer des blogs professionnels. Sur The ARTchemists, outre l'administratif et la gestion du quotidien, elle s'occupe de politique, de société, de théâtre.

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